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Conformité 15 juin 2026· 6 min de lecture

Une alternative à Google Analytics conforme au RGPD

Pourquoi l'usage de Google Analytics pose un problème de conformité en Europe depuis Schrems II, et ce qu'apporte une mesure sans cookie ni profilage.

Sommaire

La plupart des équipes qui mesurent l’audience de leur site le font avec Google Analytics, souvent par habitude plus que par choix délibéré. L’outil est gratuit, omniprésent, et il s’installe en quelques minutes. Mais depuis quelques années, son usage en Europe pose une question qui n’a rien d’anecdotique : est-il seulement légal ? La réponse, telle qu’elle ressort des décisions des autorités de protection des données, est nuancée mais lourde de conséquences. Nous vous proposons ici de comprendre d’où vient le problème, ce qu’on perd réellement en quittant Google Analytics, et ce qu’apporte une approche de mesure pensée sans cookie ni profilage.

D’où vient le problème de conformité

Le cœur du sujet n’est pas la qualité technique de Google Analytics, mais le trajet que prennent les données qu’il collecte. Lorsqu’un internaute européen visite un site équipé de l’outil, une partie des informations le concernant est transférée vers des serveurs soumis au droit américain. Or le droit européen encadre strictement ces transferts : les données personnelles ne peuvent quitter l’Union que vers des pays offrant un niveau de protection équivalent à celui du RGPD.

En juillet 2020, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu l’arrêt dit Schrems II, qui a invalidé le Privacy Shield, l’accord qui encadrait jusque-là les transferts de données entre l’Europe et les États-Unis. La Cour a estimé que les programmes de surveillance américains ne garantissaient pas aux Européens une protection suffisante de leurs données. Cette décision a laissé un vide juridique pour de très nombreux outils hébergés outre-Atlantique.

Dans la foulée, plusieurs autorités européennes de protection des données ont été saisies de plaintes visant directement Google Analytics. En 2022, la CNIL a mis en demeure plusieurs gestionnaires de sites français, estimant que l’usage de Google Analytics, dans ses conditions de l’époque, n’était pas conforme au RGPD précisément à cause de ces transferts. Des autorités autrichienne et italienne ont rendu des décisions allant dans le même sens. Le message était clair : ce n’est pas une question de paramétrage marginal, mais un problème de fond lié à l’architecture même de l’outil.

Ce que le consentement ne règle pas vraiment

Face à ces difficultés, la réponse la plus répandue a consisté à empiler des bannières de consentement. L’idée semble logique : si l’internaute accepte le dépôt de cookies et la collecte, le traitement devient licite. En pratique, cette solution déplace le problème plus qu’elle ne le résout.

D’abord, le consentement ne couvre pas tout. La question des transferts vers les États-Unis reste posée même lorsque la personne a cliqué sur « Accepter », car un internaute ne peut pas valablement consentir à un transfert qui ne lui offre pas les garanties prévues par le RGPD. Ensuite, la bannière dégrade l’expérience : elle ralentit l’affichage, encombre la première impression et oblige chaque visiteur à un geste avant même de lire la page.

Enfin, et c’est souvent sous-estimé, le consentement fausse la mesure elle-même. Une part importante des visiteurs refuse les cookies ou ferme la bannière sans répondre. Les statistiques qui en découlent ne portent alors plus que sur une fraction de l’audience, avec des biais difficiles à corriger. On se retrouve à prendre des décisions sur des données partielles, tout en supportant la charge réglementaire d’un dispositif de pistage. C’est le pire des deux mondes : moins fiable et plus risqué.

Ce qu’on perd, et ce qu’on ne perd pas

La crainte la plus fréquente, au moment de quitter Google Analytics, est de perdre en finesse d’analyse. Il faut être honnête : on perd certaines choses. Les fonctions de remarketing publicitaire, les audiences exportées vers des régies, le suivi individuel d’un même utilisateur sur plusieurs sessions et plusieurs sites — tout ce qui relève du profilage disparaît. Mais ces fonctions sont précisément celles qui posent problème au regard du RGPD, et beaucoup d’équipes ne les utilisent jamais réellement.

En revanche, on ne perd pas l’essentiel de la mesure d’audience. Le nombre de visites, les pages les plus consultées, les sources de trafic, la répartition par appareil ou par pays, l’évolution dans le temps : tout cela reste parfaitement accessible avec une approche respectueuse de la vie privée. Ce sont les indicateurs sur lesquels reposent la grande majorité des décisions éditoriales et produit. Migrer ne signifie donc pas renoncer à comprendre son audience, mais cesser de la suivre individuellement.

Il y a même un gain de lisibilité. En abandonnant le profilage, on se concentre sur des métriques agrégées, plus simples à interpréter et moins sujettes aux artefacts. Le tableau de bord cesse d’être une usine à gaz pour redevenir un outil de décision.

Une analytique pensée pour la vie privée renverse la logique de départ : au lieu de collecter le maximum puis de chercher à se mettre en conformité, elle ne collecte que ce qui est nécessaire à la mesure d’audience. C’est cette inversion qui change tout.

D’abord, la conformité par défaut. En ne déposant aucun cookie de pistage et en ne reconstituant aucun profil publicitaire, on sort du champ qui impose une bannière de consentement pour ce type de traceurs. La mesure devient une fonction technique du site, pas un traitement à risque que l’on cherche à justifier après coup. Chez Takt, c’est ce principe que nous avons retenu dès la conception : mesurer l’audience d’un site sans jamais pister la personne qui le visite.

Ensuite, des pages plus rapides et plus sobres. Un script léger, sans batterie de cookies ni appels à des régies tierces, allège le chargement et réduit la surface de dépendances externes. L’internaute arrive directement sur le contenu, sans interstitiel ni délai.

Enfin, une mesure non faussée par les refus de consentement. Puisqu’il n’y a pas de bannière à accepter pour une mesure agrégée et anonyme, les statistiques portent sur l’ensemble du trafic, et non sur la seule fraction des visiteurs ayant cliqué sur « Accepter ». Paradoxalement, en collectant moins de données individuelles, on obtient une vision plus juste de son audience réelle.

En résumé

Le problème de Google Analytics en Europe n’est pas un détail technique : il tient à l’architecture de transferts de données invalidée par l’arrêt Schrems II et confirmée par les mises en demeure de la CNIL en 2022. Empiler des bannières de consentement ne résout ni la question juridique ni celle de la fiabilité des mesures. Migrer vers une analytique sans cookie ni profilage fait perdre les fonctions de profilage publicitaire — celles-là mêmes qui posent problème — mais préserve l’essentiel : comprendre son audience, ses pages, ses sources de trafic. On y gagne une conformité par défaut, des pages plus légères et des chiffres qui reflètent réellement l’ensemble des visiteurs. C’est, pour beaucoup de sites, un meilleur compromis que de chercher à rendre acceptable un outil qui ne l’est plus.

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